Au vestiaire pour les migrants, on distribue des vêtements et du réconfort

Les bénévoles du vestiaire pour les migrants, installés dans les combles de l’église Saint-Bernard à Paris, collectent et distribuent tous les week-ends des vêtements et produits d’hygiène à une centaine d’exilés. Ce lieu, coloré et animé, leur offre un peu de répit après un parcours traumatique et dans un quotidien précaire.

 

« Tu peux monter, si tu arrives à te frayer un chemin », dit Laurence, affairée à trier des cartons dans un minuscule recoin des combles, depuis lequel on a une vue plongeante sur la nef. Quelques marches en colimaçon plus bas, des rires nous guident vers une petite pièce dans laquelle s’entassent des guirlandes, des masques, un portrait de la Vierge, un vieux calendrier, des monceaux de fringues, de sacs et de chaussures, des pansements, un ventilateur, de l’eau en train de bouillir, des gâteaux, des couches…Un joyeux bric-à brac qui ne ressemble qu’à lui même.

Le vestiaire pour les migrants accueille tous les week-ends, dans son petit local prêté par l’Eglise Saint-Bernard de la Chapelle (XVIIIe arrondissement de Paris) entre 100 et 200 exilés. En plein cœur de la goutte d’or, ce lieu aussi photogénique qu’emblématique du soutien aux sans-papiers – en 1996, les forces de l’ordre évacuaient violemment les 300 personnes occupant l’église – sert de vestiaire depuis 2012, à l’initiative de Livio, prêtre scalabrinien et Pedro, artiste colombien.

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Il est 10h et les 118 « tickets » de la matinée ont été distribués. Par groupes de cinq, les bénéficiaires qui patientent parfois depuis des heures devant les grilles de l’église, sont orientés, vêtis, chaussés et écoutés de manière chaleureuse – mais non moins efficace. « Ici, le coin pour les femmes, là l’hygiène. Derrière la porte, on a quelques couvertures. On a dû débrancher le lampe pour allumer le ventilo. S’il y a un incendie, on est cuit, rien n’est aux normes », expose Etienne, un bénévole fidèle, en riant.

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« Il y en a vraiment qui sont esquintés »

Les discussions fusent en pachto et arabe. Les bénévoles s’interpellent, se frayent un chemin pour dénicher un manteau ici, donner quelques adresses utiles là-bas. Soudanais, Guinéens, Iraniens, Nigérians, Irakiens, Iraniens, pour la plupart en situation irrégulière, vivent un quotidien ponctué par la galle, les évacuations et la « colline du crack » – zone de non droit coincée entre le périphérique et l’autoroute A. Ils tentent de remonter à la surface après avoir risqué de se noyer dans l’enfer libyen. Le vestiaire leur procure un répit salvateur. « Il y en a qui sont vraiment esquintés, alors ça peut paraître anodin mais des vêtements à leur taille et à leur goût, c’est quelque chose. Pour une fois, ils peuvent prendre soin d’eux », confie Etienne.

Tout comme lui, une trentaine de Parisiens se relaient chaque semaine pour réceptionner, trier et distribuer les dons, qui viennent d’associations (Emmaus Défi, Féminité sans-abri), ou encore de particuliers et d’entreprises. La chaine d’hôtels Marriott donne ainsi régulièrement des produits d’hygiène. Constitués en association solidarité Saint-Bernard, les bénévoles obtiennent parfois des subventions, comme ces 18.000 euros récemment donnés par la fondation Notre-Dame. « Quand on peut, on achète des médicaments. Il y a aussi un de nos amis qui vient donner des consultations », explique Laurence, enseignante retraitée particulièrement investie dans le fonctionnement du vestiaire, auquel elle consacre plusieurs journées par semaine. Pour elle, cet art de la débrouille tient avant tout grâce à l’implication des exilés.

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Bénéficiaires et bénévoles

 

Amir est l’un d’entre eux. A 19 ans, cet Iranien s’est rapidement impliqué dans les distributions. Pour lui, le chemin de l’exil a duré 3,5 ans. «  On a dépensé toutes nos économies, près de 30.000 euros pour venir en famille. Mais on avait choisi la France, où il y de l’égalité. En Allemagne par exemple, c’est beaucoup plus raciste. En Autriche, les conditions sont mauvaises, en Italie, on n’en parle même pas  ». Le jeune homme, qui maitrise déjà bien le français et étudie l’anglais à l’université, n’a pas encore eu le statut de réfugié. Mais il garde espoir : «  Si j’arrive à avoir des papiers et à travailler, ça ira ». Sous le regard attendri d’Etienne, il replie les chemises. « Ici, on ne voit que des jeunes qui ont envie de s’en sortir, avoir des papiers, faire une formation, explique le bénévole. C’est le meilleur remontant face à la situation insupportable qu’on observe tous les jours ».

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